Silex vs Webstudio pour les agences et les freelances : des sites clients sur un CMS headless
Deux éditeurs visuels open source, vus depuis le bureau de celles et ceux qui vendent des sites, en agence ou comme web designer freelance : qui fabrique, comment le client modifie ses contenus, où c'est hébergé, ce que coûte chaque site, et ce qui se passe dans cinq ans.
Alex Hoyau
2026-07-14
Quand on dirige une agence, un studio ou qu'on vend des sites en freelance, on ne choisit pas un outil pour un site. On choisit une manière de travailler pour les trente prochains projets clients, presque tous branchés sur un CMS que le client utilise déjà ou va apprendre : WordPress, Strapi, Directus, Supabase. Les questions sont concrètes. Qui fait le travail, vous en solo ou une équipe ? Comment le client met-il ses contenus à jour sans vous appeler ? Où vit le site, et la facture grimpe-t-elle avec le trafic du client ? Peut-on réutiliser ce qu'on a construit pour le client précédent ? Et si l'outil disparaît, que deviennent les sites livrés ?
Silex et Webstudio sont deux éditeurs visuels publiés sous licence AGPL, et tous deux permettent de concevoir sur les vraies données d'un CMS headless. Nous avons déjà publié une comparaison pas à pas, où l'on construit la même page CMS dans les deux outils : Silex vs Webstudio, côte à côte, avec une vidéo de sept minutes. Cet article ne la répète pas. Il regarde les deux mêmes outils du point de vue d'une entreprise qui livre des sites à ses clients.
Qui fabrique le site
Dans les deux outils, la personne qui conçoit les pages travaille visuellement sur du vrai HTML et du vrai CSS, avec des classes, des points de rupture et des composants. Aucun des deux ne demande à un designer d'écrire une application React. La différence apparaît quand le design rencontre les données. Dans Silex, l'éditeur lit le schéma du CMS et propose chaque champ dans des menus, et les valeurs se composent avec des filtres choisis dans des listes (slugify, append, etc.). Dans Webstudio, on écrit soi-même la requête GraphQL ou l'appel REST, et on compose les valeurs avec un sous-ensemble de JavaScript. Un développeur front se sentira chez lui dans Webstudio. Dans Silex, un intégrateur qui maîtrise HTML et CSS peut brancher seul une page sur le CMS.
Cela change la forme de l'équipe. Avec Silex, les développeurs fabriquent des composants que les designers réutilisent et paramètrent, et ce sont les designers qui assemblent les sites. Les profils qui connaissent bien HTML et CSS se trouvent plus facilement que les développeurs d'un framework JavaScript donné. Silex ne dispense pas de compétences : il suppose les bases de l'intégration. Il déplace le temps des développeurs vers les composants plutôt que vers des sites entiers.
Si vous travaillez seul ou seule comme web designer freelance, la même logique vaut à votre échelle : vous menez un projet de la maquette jusqu'au site branché sur le CMS du client sans aide, et vous ne faites appel à un développeur que pour un composant précis.
Se brancher sur le CMS du client
Les deux outils se connectent aux CMS headless modernes. Webstudio accepte REST et GraphQL ; Silex fonctionne avec GraphQL et lit le schéma tout seul. Webstudio documente des intégrations avec de nombreux CMS, et Silex propose des préréglages pour WordPress, GitLab, Strapi et Supabase (en bêta). Dans les deux cas, le modèle de contenu appartient au CMS du client, pas à l'éditeur, et c'est ce qu'on veut : le client garde son back-office, et le site est une interface qu'on pourra refaire plus tard sans migrer les contenus.
Comment le client modifie ses contenus
Ici, Webstudio a quelque chose que Silex n'a pas. Son Content Mode, inclus dans l'offre Pro, permet à un client de modifier ses contenus directement dans l'éditeur sans toucher à la mise en page. Webstudio Cloud lit les données à chaque requête, avec un cache réglable (Cache max age) : pas de reconstruction, mais un délai qui dépend de ce cache.
Avec Silex, le client modifie ses contenus dans le CMS qu'il connaît (l'administration WordPress, Strapi, Directus) et n'ouvre jamais l'éditeur : il ne peut donc pas casser la mise en page. Le site est reconstruit quand le contenu change, en général par un webhook, et le contenu est donc aussi frais que la dernière publication. Pour la plupart des sites clients, qui changent à un rythme humain, ça convient. Pour un site qui change toutes les cinq minutes, le modèle de Webstudio est mieux adapté.
Publier et héberger : le coût par site
Pour une agence, la vraie question n'est pas ce que coûte un site, mais ce que coûtent dix ou vingt sites clients. Dans l'offre gratuite de Webstudio Cloud, les sites restent sur un sous-domaine wstd.io, et les fonctions CMS (Resources, GraphQL, routes dynamiques, pages CMS) ne tournent qu'en staging. Dès qu'un site CMS passe sur le domaine du client, il faut l'offre Pro : 15 USD par mois en facturation annuelle, avec des sites illimités sur domaines personnalisés. Ce qui grossit avec votre portefeuille, c'est le quota : 100 000 pages vues par mois pour tout le compte, puis 20 USD par tranche supplémentaire de 100 000. Chaque site client ajouté puise dans la même réserve : la facture suit l'audience cumulée de vos clients, et un portefeuille de petits sites vitrines n'arrive pas au même endroit qu'un portefeuille qui compte un site média très fréquenté. L'offre Team, à 35 USD par mois, ajoute les espaces de travail, les rôles des membres et 5 places. Pour sortir de ce modèle, Webstudio peut exporter un site statique ou déployer avec son outil en ligne de commande vers Docker, Vercel ou Netlify, et d'après sa FAQ, les intégrations CMS ne coûtent rien en auto-hébergement.
Dans Webstudio Cloud, les sources de données CMS portent un badge Pro : gratuites en staging, payantes sur un domaine personnalisé.
Silex n'a pas d'offre payante : la licence coûte la même chose pour un site client ou pour vingt, c'est-à-dire rien, CMS compris. Chaque site est publié vers GitLab Pages, Framagit, en FTP ou dans un fichier zip, après une construction Eleventy qui interroge le CMS et écrit du HTML simple. Le site publié ne fait aucun appel à l'API : le contenu est écrit dans le HTML. Vous l'hébergez sur vos serveurs ou chez le client, et chez un hébergeur statique la facture ne suit pas le trafic : quand l'article d'un client décolle, le montant ne bouge pas. Pour être juste, « pas de licence » ne veut pas dire « pas de coût » : l'agence prend elle-même en charge la construction, l'hébergement et le CMS du client, et ce travail grandit avec le nombre de sites.
Industrialiser : git, branches, une seule architecture
Une agence gagne sa vie quand le dixième site coûte moins cher que le premier. Tous les sites Silex ont la même architecture : un design visuel, une construction Eleventy, un CMS derrière. Au lieu d'une pile technique qui change avec le framework préféré de chaque développeur, vous obtenez des sites qui se ressemblent sous le capot, et n'importe qui dans l'équipe peut reprendre le site d'un collègue. Silex publie via git, ce qui donne l'historique de chaque modification et permet de publier une branche de test et une branche de production. L'offre Pro de Webstudio propose elle aussi un staging et une production sur son cloud, ainsi que des sauvegardes.
Pour une équipe qui veut construire des sites avec l'aide de l'IA, le serveur MCP de Silex Desktop permet à un assistant IA de travailler avec les outils de l'éditeur, et les contraintes qui vont avec, plutôt que de modifier des fichiers bruts. Il fonctionne avec n'importe quel fournisseur d'IA. Il est encore en alpha : c'est un chantier en cours, pas une fonction livrée. Webstudio mentionne aussi un MCP dans son offre Pro.
Maintenance, et « si l'outil s'arrête »
Les clients posent la question, et ils ont raison. Avec Silex, le site livré est du HTML et du CSS statiques, hébergés où vous l'avez choisi. Si Silex s'arrêtait demain, les sites resteraient en ligne et continueraient d'être mis à jour par le CMS du client. L'éditeur lui-même s'auto-héberge (CapRover simplifie l'installation et la maintenance), son code est entièrement disponible, et il produit des standards du web, qui évoluent lentement.
Avec Webstudio, les sites exportés en statique ou déployés sur votre propre infrastructure sont tout aussi indépendants. Ceux qui tournent sur Webstudio Cloud dépendent de ce service. L'éditeur est sous AGPL et peut s'auto-héberger, mais l'équipe elle-même décrit l'auto-hébergement de l'éditeur en production comme « currently not the recommended path », et la collaboration en temps réel est réservée au Cloud d'après sa FAQ.
Licence et modèle économique
Les deux projets sont sous AGPL, et les deux sont portés par des gens attachés au logiciel libre et à l'open source. Leur économie diffère. Webstudio est open core, et le dit clairement : les limites Pro sont un réglage de configuration dans le code public, qu'un auto-hébergeur peut légalement activer, tandis que le module d'animations, optionnel, est propriétaire et soumis à un contrat de licence (EULA). D'après Dealroom, Webstudio, Inc. a levé 1,2 million de dollars en amorçage en 2022, avec Seedcamp parmi ses investisseurs. Cela finance une équipe dédiée, et cela veut aussi dire que des investisseurs attendent un retour.
Silex est développé depuis 2009 par Silex Labs, une association à but non lucratif. Il n'y a ni offre payante ni module propriétaire. Pour une agence, la question n'est pas de savoir quel modèle est moralement supérieur, mais sur lequel on veut bâtir dix ans de travail pour ses clients.
En bref
Pour une agence
Silex
Webstudio
Qui branche le CMS
L'intégrateur, avec des menus
Quelqu'un qui écrit la requête et des expressions JS
Le client modifie ses contenus
Dans son CMS, reconstruction à chaque changement
Dans l'éditeur (Content Mode, Pro), lues à chaque requête sur le Cloud, avec un cache
Site CMS sur le domaine du client
Gratuit, hébergé où vous voulez
Offre Pro sur le Cloud, ou auto-hébergé, ou exporté
Coût et trafic
Pas de licence, hébergement statique
100 000 pages vues par mois pour tout le compte, puis facturées
Test et production
Branches git
Staging et production (Pro)
Modèle
Logiciel libre, association
Cœur AGPL, open core, financé par du capital-risque
Quand choisir quoi
Choisissez Webstudio si votre équipe est composée de développeurs front, si vos clients doivent modifier leurs contenus dans l'éditeur, si le contenu doit se mettre à jour sans reconstruction, s'il vous faut un routage dynamique abouti tout de suite, ou si vous faites migrer des clients depuis Webflow, puisqu'il sait coller des éléments copiés depuis Webflow (« Paste from Webflow »). Son Cloud est pratique, et 15 USD par mois pour des sites illimités reste raisonnable pour beaucoup d'agences.
Choisissez Silex si vous voulez que des designers et des intégrateurs livrent des sites CMS pendant que les développeurs se concentrent sur les composants, si vous voulez que chaque site client soit construit de la même façon et publié via git, si vous ou vos clients voulez héberger n'importe où avec des coûts qui ne suivent pas le trafic, et si vous voulez un outil sans offre payante dont le prix ou les limites peuvent changer.